Les Amis de la Nature de Besançon rencontrent un agriculteur engagé
Le 11 mai 2025 Gérard Boinon est venu nous faire partager son expérience.
C’était dans la forêt de Chailluz, par un beau dimanche de printemps, sous les grands arbres, gêné seulement par le chant des oiseaux, le soleil et le vent dans les branches. La nature se débrouille assez bien sans l’intervention de l’homme.
Gérard est un personnage étonnant qui revient de loin. Il a eu plusieurs vies et de chacune il a tiré la leçon pour entrer dans la suivante. Avec ou sans transition. Il sait de quoi il parle, c’est du vécu.
D’abord, exploitant agricole pendant les 30 glorieuses, il a connu des récoltes miraculeuses grâce aux engrais chimiques, aux pesticides, au remembrement, sans se poser beaucoup de questions il a joué à fond la carte du progrès, ça marchait du feu de Dieu, les rendements explosaient… Jusqu’à ce qu’il tombe gravement malade. Un œdème de Quincke en manipulant un produit toxique (aujourd’hui interdit) l’a brutalement coupé dans son élan. Il avait 35 ans.
Question santé, il a pris cher. Cancer de la prostate avec des soins dont les effets secondaires sont plutôt des dégâts collatéraux (obésité, perte de virilité, crise cardiaque, remèdes à vie). Sa femme a Alzheimer tandis que son frère avec qui il était en GAEC a Parkinson. Mais c’est seulement un concours de circonstances ! Il est trop tard maintenant pour essayer de prouver le lien entre la chimie et la maladie et pour demander réparation. Dans la culture intensive, les paysans sont les premières victimes.
Il a alors levé le pied dans sa logique du toujours plus (il venait de s’endetter pour 35 ans pour construire une porcherie industrielle !) , il a changé de braquet, et il s’est converti à l’agriculture bio, a replanté des haies, a renoncé au labourage profond ,a composé avec les insectes et les oiseaux. Il est redevenu un paysan sur sa ferme. Termes auxquels il tient, car, dit-il, nos mots sont nos maux. Il a fait le choix de respecter la nature et de composer avec elle, au lieu de la soumettre.
Ses rendements se sont peu à peu améliorés jusqu’à devenir aussi rentables qu’avant. Il s’est engagé syndicalement pour passer de la FNSEA à la confédération paysanne.
Il est alors devenu écrivain. Avant il écrivait déjà. Des manifestes, des tracts, des fiches de travail pour José Bové…. Dans son premier livre, les mésanges bleues, il explique comment ces oiseaux en se nourrissant d’insectes ravageurs sont les auxiliaires du paysan. Jamais en grève et sans salaire. Il raconte aussi comment il a du se former, retourner aux études pour oublier ce qu’on lui avait enseigné au lycée agricole.
Savez-vous que, comme il existe une convention internationale des droits de l’enfant, il existe une déclaration des Nations Unies sur les droits des paysan(ne) s et autres personnes travaillant dans les zones rurales. Gérard Boinon a participé à la rédaction de cette déclaration. Ça c’est sa troisième vie comme consultant au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU à Genève. Mais c’est pas tout.
Il s’est mis à marcher. Pas des petites randos sympas comme on fait aux Amis de la Nature. Le Chemin de Compostelle . Carrément. Plusieurs fois. C’est l’objet de ses livres « Le berger des mésanges bleues, parcours d’un paysan entre Beaujolais, Dombes et Compostelle » et « Du Chemin de Compostelle aux chemins de militance ».
Vous pouvez trouver ses livres en librairie ou les commander en ligne chez l’éditeur :
https://editions-heraclite.fr/bouti... et
https://editions-heraclite.fr/bouti...
Il marche pour soutenir toutes sortes de nobles causes : pour la solidarité paysanne au Togo, contre l’exploitation des gaz de schistes et pour la paix… Il n’arrête pas.
Aujourd’hui son fils a repris la ferme en bio et continue à essayer de comprendre les interactions dans la nature et comment le paysan y a sa place et peut améliorer les rendements sans intrants.
Actuellement il est conférencier. Il s’appuie sur un film « semences du futur » de Honorine Perino projeté le même soir.
Mais c’est peut-être pas tout. Il n’a que 76 ans, plein de projets, d’enthousiasme communicatif et tellement content de raconter sa vie qui est quand même plus passionnante que la mienne et que celle de n’importe qui parmi nous. J’ai tout bien compté, ça lui fait 5 vies et il en reste au moins 2.
A part ça, sa conférence est très bien argumentée et nous a conforté dans nos convictions.
Il s’appelle Gérard Boinon et/ou 06 77 25 22 10 pour organiser une rencontre.
Marthe
Amis de la Nature Besançon